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Article de Laura Varoli sur Cosmé Tura, peintre alchimiste

   Stile Arte est un périodique d’art qui s’intéresse aux études d’iconologie et aux découvertes en histoire de l’art. Il s’agit d’un magazine dans lequel est possible analyser les tableaux et comprendre leur signification.

   Parmi les étude menés, une enquete iconologique a été faite pour l’étude de la  »Primavera de Botticeli ». De plus, Stile arte, a lancé un service d’agence international qui met en relation le périodique  »America Oggi »  pour la publication d’articles que le périodique dédie à l’art italien.
Je trouve que ce magazine est très intéressant et complet, et surtout très facile d’accès. On peut y trouver facilement des magazines précédents, et on peut être également ajourné sur les expositions.

   Stephen J. Campbell, interviewé par la revue  »Stile arte » dirigée par Maurizio Bernardelli Curuz, fait partie des quelques personnalités qui se sont interessées à l’art de Cosimo Tura. Il a entre autres organisé l’exposition  »Cosme Tura, painting and design in Renaissance Ferrara » à l’Isabella Stewart Gardner Museum de Boston. Cosmè Tura, originaire de Ferrare, se forma à Padoue où il développa rapidement un style réaliste humaniste propre à Donatello. De retour dans sa ville natale, il s’essaie à une nouvelle forme d‘art définie comme  »alchimiste » par Stephen J. Campbell.

Le spécialiste nous explique que pour comprendre l’art de Cosme Tura, il est essentiel de se pencher plus en détails sur le contexte historique de sa ville d’origine. Entre 1441 et 1450, sous le duché de Lionello d’Este, grand amateur d’art, la ville devint un foyer artistique des plus importants de la Renaissance. Mais cette prospérité se vit profondément affectée par une crise économique résultant de la guerre de 1482 menée contre Venise, de plus, la foi et l’identité religieuse du nouveau duc Ercole d’Este suffirent finalement à réunir toutes les conditions nécessaires à la création d’une nouvelle école ferrarese dont Tura s’avèrerait être le représentant majeur. C’est dans ce contexte qu’ il faut analyser les oeuvres définies par l’auteur comme                   » eversives  ». Campbell considère que l’unicité de Cosmé Tura s’explique par l’étrangeté et l’extravagance de l’environnement politique ferrarese centré dans la cour d’Este. C’est dans ce milieu politique que Tura crée un nouveau style, issu de plusieurs voyages qui contriburènt à orienter le peintre vers un art synthètisant la  »maniera gotica » et les apports artistiques de Padoue. Sont style est défini ainsi:  »tourmenté, dont la tension expressive est représentée par des formes rigoureuses et un fort chromatisme ».

Tura s’est beaucoup rapproché du style de Mantegna comme l’on peut l’observer dans la monumentalité qu’il donne aux personnages. Cela laisse croire que les deux artistes ont entretenu probablement des liens, voire des collaborations. Il n’y a cependant pas de documents écrits témoignant de leur rencontre. Il est également important de préciser que les oeuvres de Mantegna étaient plus reconnues et appréciées à Ferrare durant le Quattrocento. Il réalisa par exemple la décoration du  »studiolo » d’Isabella d’Este à Castel San Giorgio à Mantoue. Isabella n’étant autre que la fille d’Ercole d’Este, duc de Ferrare et commanditaire de Tura. Les deux artistes auraient donc tout à fait pu être à plusieurs reprises en relation, ayant tout deux oeuvré pour la famille d’Este.

L’analyse du poliptyque  »Pala Roverella », peinte en 1474 par Tura, nous fait comprendre qu’ils étaient stylistiquement proches : la Vierge à l’Enfant, tronante dans un espace pyramidale fait appel à la  »Pala di San Zeno » de Mantegna.

   Le courant philosophique de l’artistotélisme de Padoue a sûrement  contribué au développement d’un art s’exprimant à travers des formes froides et rigides qui soulignent la propension au pathétique, et aux visages marqués par la douleur. Un autre élément essentiel pour la compréhension du style de Tura est la lumière. Le peintre ferrarese fait preuve d’une habileté sans pareil dans le rendu de la lumière sur les figures apparaissant comme si elles étaient de pierre, et retranscrivant un certain effet de transparence et de luminosité. Dans la Piéta du Musée Correr de Venise, les formes de la Vierge et de l’Enfant sont irrégulières et presque pétrifiéesLa lumière joue avec la matière, et modèle les corps qui s’unissent au paysage à l’arrière-plan. Tura a toujours méné une recherche structurelle et chromatique, presque à la manière des Flamands. Campbell pense que Tura a beaucoup influencé le manièrisme du Cinquecento. Le peintre donne une inteprétation particulière de la réalité qui s’éloigne de la vraisemblance pour créer une vision personnelle d’un monde qui serait non-pas magique, mais plutôt poétique. Il considère que Cosmè Tura est le poète de l’image. Il crée une poèsie courtoise, dévotionnelle, interprète de sa personnalité et de son individualité.

Pietà,
1460, Oil on panel,
48 x 33 cm,
Museo Correr, Venice

Giulia Torrisi

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